Sans terminer sa phrase, il ouvrit la portière et, un instant après, il partait enveloppé d’une nuit tellement épaisse qu’il avait perdu jusqu’à la faculté de voir en lui-même.

Restée seule, Suzanne, au désespoir du mal qu’elle avait fait, ne parvenait pas à se calmer. Ne songeant ni à elle, ni à la nécessité d’apprendre à son père une rupture qui devait amener une scène dont l’attente l’eût terrifiée dans un autre moment, toutes ses pensées étaient au malheureux qu’elle avait trompé, et tout son courage s’évanouissait devant le remords. Elle regardait avec angoisse autour d’elle, car, se sentant brisée, elle eût voulu que des bras affectueux l’entourassent comme un enfant malade et sans force.

« Je n’aurai plus jamais ni paix ni joie ; comment a-t-il eu le courage de me dire que je serai heureuse de ma délivrance !… »

Ces mots, prononcés tout haut, la frappèrent singulièrement. Jusque-là elle n’avait pas songé à la liberté reconquise, mais une impression, qui ressemblait à de la honte, empourpra subitement son visage, car elle était obligée de convenir que M. de Preymont avait eu raison et que, en dépit de son profond chagrin, ce mot de délivrance allégeait sa pensée d’un grand poids.

Cette découverte ne fit qu’augmenter ses remords et sa surexcitation. Mlle Constance la trouva marchant avec une agitation fébrile et la fièvre dans les yeux.

— Ce que vous désiriez est arrivé, ma tante, lui dit-elle d’une voix brève, mon mariage est rompu.

— Comment !… qu’est-ce que tu veux dire ? Pourquoi as-tu cet air singulier ?

— Je n’épouserai pas Marc de Preymont, répéta Suzanne en criant un peu, c’est fini, il ne reviendra pas. J’ai agi, ma tante, comme une femme sans cœur et sans foi.

Mais Mlle Constance, transportée de joie, se souciant fort peu de la parole jurée, serra sa nièce dans ses bras en s’écriant :

— Oh ! mon enfant, est-ce possible ? que je suis heureuse !… je n’osais plus croire à un pareil bonheur…