Dans un mouvement répulsif, Suzanne s’éloigna d’elle en disant :
— Si vous l’aviez vu, si vous l’aviez entendu, vous ne parleriez pas de bonheur dans ce moment-ci. Ne me répétez pas que vous êtes heureuse, dit-elle en pleurant, vous me faites un mal affreux. Comment ne comprenez-vous pas tout ce que je souffre d’avoir tant fait souffrir !
Partagée entre une joie qu’elle ne pouvait dissimuler et l’inquiétude que lui causait la grande agitation de sa nièce, Mlle Constance répondit en hésitant :
— Il se consolera, ma chère enfant, tous les hommes se consolent.
— Emmenez-moi loin d’ici, ma tante, s’écria Suzanne, partons ensemble ; emmenez-moi n’importe où, loin de ce pays où j’ai été si malheureuse !
— Si malheureuse ! répéta Mlle Constance désolée. Ma chère enfant, si je pouvais te donner tout ce que tu désires… Partons dès demain, si tu veux, nous irons où tu voudras, je…
Mais un pas dans le vestibule l’empêcha de continuer sa phrase.
— C’est ton père, dit-elle agitée ; sait-il ?…
— Rien ! répondit Suzanne, mais qu’importe, tout m’est égal !
Néanmoins elles attendirent, le cœur battant d’anxiété, l’arrivée de M. Jeuffroy.