Il entra le chapeau sur la tête et l’air de bonne humeur. Depuis qu’il avait découvert l’esprit pratique de sa fille, il l’avait en grande considération et lui manifestait plus d’affection.
— Eh bien, Suzanne, dit-il gaiement, et cette querelle d’amoureux, où en êtes-vous ?
— Comment… vous savez ? dit Mlle Jeuffroy hésitante.
— J’ai rencontré Preymont qui avait la plus drôle de figure et qui voulait être seul avec toi, d’où j’ai conclu que vous alliez vous quereller… pour n’en être que mieux ensemble un instant après.
Mlle Constance regarda sa nièce avec inquiétude, mais Suzanne, que son ébranlement moral poussait à ne reculer devant rien, répondit :
— Ce n’est pas une querelle, mon père, mais une séparation.
— Oui, connu !… séparation de quelques heures.
Il chercha tranquillement son journal et s’installa à sa place favorite ; puis, étonné du silence qui l’accueillait, il leva les yeux, et remarquant alors l’agitation de sa fille qu’il avait à peine regardée en entrant, il dit brusquement :
— Ah çà… ce n’est pas sérieux, j’imagine ?
— Rien n’est plus sérieux, mon père, c’est une rupture, une séparation définitive.