— Ah ! n’allez pas plus loin, mon père, je vous en prie. J’ai supporté assez de choses pénibles dans cette triste et affreuse maison pour qu’on me les épargne aujourd’hui.
M. Jeuffroy s’arrêta brusquement devant elle :
— Ma maison affreuse et triste !… ayez donc des enfants ! on fait tout pour eux, et ils vous remercient par de l’ingratitude. Et moi, qu’est-ce que je dois dire de ma fille qui ne fait que sottises sur sottises !
— Si j’avais trouvé ici un peu plus de tendresse, répondit Suzanne d’une voix défaillante, si vous m’aviez aimée, mon père, croyez-vous…
— Va-t’en ! interrompit M. Jeuffroy en frappant du pied. Va habiter avec ta tante si tu veux. Je vous chasse toutes les deux ; vous vous êtes entendues pour me couvrir de ridicule.
Suzanne sortit sans un mot ; prise d’un tremblement nerveux, elle se laissa emmener passivement par Mlle Constance et entourer des petits soins auxquels pour elle-même la vieille fille n’avait jamais songé.
Quand sa nièce fut un peu calmée, elle courut dans la cuisine chercher Fanchette.
— Seigneur ! qu’est-ce qu’il y a ? Vous n’avez plus votre figure d’enterrement, mademoiselle !
— Ce que j’ai !… le mariage est rompu, répondit Mlle Constance qui se laissait aller enfin à toute son allégresse. Jamais, non, jamais je n’ai été plus heureuse. Je te pardonne tout, Fanchette.
Fanchette jeta sur la table les oignons qu’elle épluchait et, les poings sur les hanches, prit sa pose favorite quand elle était impressionnée :