— Est-ce possible ? Comment, mademoiselle, le bon Dieu vous a écoutée ? Eh bien, je n’en aurais pas fait autant !

— Ne commence pas à dire des bêtises, Fanchette. Viens avec moi faire un lit pour ma nièce, car mon frère s’est mis en si grande colère qu’il nous a chassées toutes les deux, et Suzanne est ici presque malade.

— Je n’y comprends rien, répondit Fanchette en s’empressant d’obéir. Expliquez-moi pourquoi ils ne s’épousent pas, mademoiselle.

— Je t’ai toujours dit que c’était impossible, répondit Mlle Constance en apportant ses draps les plus fins. Je n’ai pas de détails, mais ma nièce est trop agitée pour qu’on lui pose des questions.

La jeune fille éprouvait une sorte de bien-être à s’abandonner comme un enfant aux soins matériels d’une affection qui, malgré des froissements quotidiens, l’avait tant de fois touchée.

Servante et maîtresse restèrent debout une partie de la nuit et charmèrent la longueur de la veille en se querellant sur l’événement.

— Ce pauvre M. de Preymont ! je suis désolée pour lui, mademoiselle, car enfin il aimait Mlle Suzanne de tout son cœur.

— Bah ! bah ! il se consolera, répondit la vieille fille. Mais M. Saverne doit être derrière tout ça !

— Eh bien, si c’est vrai, qu’est-ce que vous ferez, mademoiselle, vous qui prétendiez que…

— J’ai changé d’avis, interrompit vivement Mlle Constance, et surtout je ne veux pas que ma nièce soit contrariée. Si elle aime M. Saverne, elle l’aura.