Le raisonnement frappa M. Jeuffroy, mais dans un sens particulier.

— C’est vraiment une chose épouvantable que d’avoir une fille ! s’écria-t-il. Tout cela va me retomber sur le dos. Je suis le plus malheureux des hommes. Qu’elle aille au diable ! j’ai d’elle par-dessus la tête. Mais si elle s’obstine à épouser ce drôle qui n’a pas le sou et m’a dit que… Enfin non seulement je ne donnerai pas mon consentement, mais je refuserai de la doter.

— Nous n’en sommes pas là, répondit prudemment Mlle Constance. En attendant, je pars avec elle, car il faut absolument la distraire ; elle est dans un état affreux, mon frère ; je l’ai entendue pleurer toute la nuit.

— Si elle a tant de chagrin, il ne fallait pas rompre… M’expliquera-t-on pourquoi elle a voulu épouser son cousin ? Je suis fâché malgré tout de l’avoir mise à la porte ; qu’elle revienne dans ma maison si elle veut, mais elle se consolera ici, car je ne payerai pas de voyage.

— Je m’en charge, répondit Mlle Constance avec empressement, et tu me laisseras libre de l’emmener.

Après quelque hésitation, il répondit :

— Fais ce que tu voudras !… pourvu que dans ce moment-ci je sois débarrassé de vous, je serai content !

Mlle Constance ne perdit pas une minute et, en quelques jours, à la grande surprise de Fanchette, elle avait pris ses renseignements et retenu un logement à Cannes.

— Nous y passerons l’hiver, Fanchette, quand je devrais entamer mon capital. Mais comme j’ai déplacé presque toutes mes économies, je pense que ce sera suffisant.

— Pardié, mademoiselle, vous n’allez pas dépenser en une fois des économies de vingt ans, je suppose ! Et partir comme ça à votre âge… ça fait pitié !