— Je me porte comme un charme, et je dépenserai tout ce qu’il faudra pour distraire Suzanne, la pauvre enfant !… Et puis, arrivée là-bas, j’écrirai à M. Saverne, car mon frère finira bien un jour par consentir. Quand elle le verra, Suzanne ne me dira plus que si on lui parle de lui seulement une fois, elle ira s’enfermer dans son couvent… car c’est ce qu’elle m’a dit hier, Fanchette, quand j’ai eu le malheur de prononcer le nom de M. Saverne.

— Ma foi, mademoiselle, elle ne doit avoir l’idée à rien ! Moi aussi, hier, j’ai causé avec elle, et je lui ai bien dit que tout ça, c’est la preuve qu’il ne faut pas s’occuper des hommes et qu’il faut donner son cœur au bon Dieu, au moins on est toujours sûre de son affaire.

Suzanne, dans une affreuse tristesse, laissait agir sa tante et n’aspirait qu’au moment de partir ; mais elle ne put se résoudre à s’éloigner sans avoir eu des nouvelles de Marc.

En la voyant entrer chez elle, Mme de Preymont fut effrayée de son amaigrissement et de sa pâleur ; cette impression et surtout le souvenir du dernier mot de son fils l’empêchèrent d’exprimer les sentiments amers qui la dominaient.

Elle la fit asseoir sans lui tendre la main.

— Me pardonnerez-vous jamais ? murmura la jeune fille sans oser la regarder.

— Nous avons tous erré, Suzanne, répondit Mme de Preymont d’un ton froid, moi la première, hélas !… Maintenant il faut penser à toi… c’est son dernier mot en partant.

— Parti… si seul ! reprit Suzanne avec anxiété.

— Tu as la même pensée que moi-même… Mais il m’a donné sa parole d’honneur qu’il vivrait, et on peut avoir confiance en sa parole, Suzanne.

— Oui, répondit Mlle Jeuffroy amèrement, plus de confiance que dans la mienne.