L’âme débordante d’émotions que l’une et l’autre voulaient contenir, les deux femmes restèrent silencieuses jusqu’au moment où Mme de Preymont dit avec un peu d’irritation :

— Tu aurais dû m’éviter cette épreuve, Suzanne, elle était inutile.

— Ah ! s’écria la jeune fille en fondant en larmes, pouvais-je m’éloigner sans vous exprimer mes remords et mon chagrin, sans entendre un mot sur lui !

— Le fait est accompli, reprit Mme de Preymont plus doucement. Si nous pleurons sur la destruction d’un bonheur qu’il avait cru certain, ce n’est pas une raison, mon enfant, pour que ta vie soit brisée.

Elle ajouta d’un ton qui rappelait l’ironie de son fils :

— M. Saverne t’aime… et toi, tu connais maintenant tes sentiments.

— Ah ! madame, s’écria Suzanne, vous ne pouviez trouver un mot plus cruel et qui me fût plus pénible. Vous me mettez donc bien bas si vous croyez que je suis capable de penser à moi quand je vous sais accablés tous les deux !… Oh ! que ne suis-je déjà loin de ce pays où je n’ai trouvé que des douleurs et des blessures de toutes sortes !

Son beau visage était altéré par une angoisse si vive que la vieille tendresse de Mme de Preymont se réveilla.

— Calme-toi, lui dit-elle doucement, je n’ai pas voulu te blesser. Les convenances et ta délicatesse ne permettent pas évidemment que tu songes à un projet formel, mais cette crise aiguë passera, ma pauvre enfant, c’est ce que lui et moi avons déjà prévu.

Et au regard suppliant de Suzanne, elle répondit :