Sa tante entra précipitamment dans le cabinet de M. Jeuffroy.

— Qu’y a-t-il ? pourquoi vous fâchez-vous ? demanda-t-elle d’une voix étranglée par l’inquiétude.

— Mademoiselle, répondit M. Varedde qui paraissait très excité, monsieur votre frère a bien promis une dot de 100,000 francs, mais il en a représenté un bon tiers en valeurs à peu près fictives, car il sait aussi bien que moi qu’elles n’auront plus cours dans un temps très rapproché, et que le taux en est du reste absolument illusoire. Peut-être avait-on espéré que la fraude passerait inaperçue, ou que, si près du mariage, je n’oserais pas protester.

— Vous pourriez ménager vos expressions ! s’écria M. Jeuffroy furieux. Un père est bien libre de constituer la dot de sa fille comme il lui convient, sans pour cela commettre de fraude.

— Certainement, monsieur, vous êtes très libre, mais je le suis également de me retirer si vous me poussez à bout.

Le notaire se tenait coi, voyant que la bourrasque était trop forte pour qu’il pût intervenir. Il en observait les différentes phases avec la mine placide d’un homme dont l’expérience est grande.

Mlle Constance, épouvantée, prit son frère à part et lui dit :

— Il faut céder, mon frère. Un mariage manqué fait un tort considérable à une jeune fille. Et puis, il faut penser avant tout à Suzanne, au chagrin qu’elle aurait… Change vite les valeurs.

— Je ne changerai rien, répondit M. Jeuffroy en frappant du pied. Je ne vois pas pourquoi ma fille et mon gendre n’auraient pas aussi bien que moi quelques valeurs médiocres. Varedde aime Suzanne ou ne l’aime pas. Quelques sous de plus ou de moins ne font rien à l’affaire.

— Mais il peut bien l’aimer et tenir à la dot, répondit Mlle Constance au désespoir. Mon frère, pense à Suzanne et fais un sacrifice.