— Ma chère enfant, lui dit-il en souriant, les questions d’argent ne vous regardent pas ; que venez-vous faire ici ?

— Ce que je crois devoir faire, monsieur, répondit-elle d’un ton dédaigneux.

— C’est me répondre d’un ton un peu désobligeant, chère Suzanne. Je vous en prie, rentrez dans le salon, l’affaire sera réglée dans une minute, et nous vous rejoignons.

— L’affaire, comme vous l’appelez, est toute réglée, répliqua Suzanne. Ma chère, ma bonne tante, j’accepte votre aumône.

— Mademoiselle ! s’écria Varedde en rougissant de colère.

— Quoi ?… le mot vous déplaît ?… mettez don si vous voulez, et qu’on termine au plus vite.

La jeune fille, très pâle, était si belle que le notaire, malgré ses cheveux gris, faillit tomber amoureux d’elle. Elle parlait d’un ton décidé qui frappait de surprise M. Jeuffroy et produisait sur Varedde une impression extrêmement pénible, car il avait été convaincu jusque-là qu’une jeune fille de dix-neuf ans est une enfant sans initiative et maniable comme de la cire molle.

— Suzanne, ma chère Suzanne, lui dit-il en l’attirant malgré elle dans l’embrasure de la fenêtre, cette scène est déplorable, je la regrette amèrement. Pourquoi cet air en colère ? Que supposez-vous ? N’allez pas imaginer que je ne vous aime pas parce que je refuse d’être dupe.

— Est-ce que mon père est capable de duper qui que ce soit, monsieur ? répondit Suzanne avec véhémence.

Furieux contre lui-même, Varedde répliqua :