— Je suis trop ému en vous voyant cet air mécontent, Suzanne, pour peser mes mots. Si je vous ai blessée par certaines expressions, j’en suis sincèrement désolé. Faites la part de la surexcitation du moment. C’est fini, n’est-ce pas ?

— Mais le malentendu n’existe plus, monsieur, répondit Suzanne à haute voix. Ma tante a levé toutes les difficultés ; vous vouliez cent mille francs, vous les aurez !… et, comme vous le disiez, n’en parlons plus.

Puis elle ajouta plus bas, d’un ton ironique :

— Quant à votre amour, je n’ai évidemment aucune raison d’en douter. J’y crois, oh ! très fermement.

Le malheureux Varedde, interdit, sentait qu’il jouait un rôle pitoyable, qu’elle le tenait sous ses pieds et que, devant cette colère de femme offensée, le plus sage parti était de ne rien dire.

Mlle Constance, qui avait fait rectifier le contrat, s’approcha d’eux et enleva la position.

— Tout est en règle maintenant, mes chers enfants : terminons vite. Que doivent penser les Preymont et les témoins ?

— Ma tante a raison, monsieur, reprit Suzanne, ce malheureux incident n’a que trop duré. Par égard pour moi, veuillez ne plus discuter.

Lorsque, malgré un mouvement de Preymont pour l’arrêter, Suzanne était entrée dans le cabinet de son père, elle en avait refermé la porte, et les invités, réduits aux conjectures, échangeaient leurs suppositions.

— Ah ! s’écria Saverne avec indignation, je crois, en vérité, qu’il marchande… c’est dégoûtant !