— L’expression est un peu vive, monsieur, releva un des témoins de M. Varedde. En quoi est-ce dégoûtant de penser à ses intérêts et de ne pas vouloir être attrapé ?
— Attrapé !… ah ! le mot est joli ! répliqua Saverne avec chaleur. Attrapé ! quand il devrait mendier à genoux la main de Mlle Suzanne, et ne penser qu’à son infériorité devant tant de grâce et tant de beauté… La belle affaire que trente mille francs ! A la place de Mlle Jeuffroy, je flanquerais votre ami à la porte !
— Mais taisez-vous donc ! lui dit tout bas Mme de Preymont en posant la main sur son bras pour calmer son exaltation. De quoi vous mêlez-vous ? Devenez-vous fou ?
Preymont écoutait silencieusement. Pour lui qui aimait passionnément Suzanne dont il connaissait le caractère fier et entier, il se demandait, avec angoisse, ce que deviendrait une vie commencée par une blessure qui devait révolter la jeune fille.
Il l’examina avec attention quand elle rentra dans le salon. Sans rien dire, elle alla reprendre la place qu’elle occupait précédemment.
« Que pense-t-elle ? » se demandait Preymont en remarquant qu’elle pâlissait et rougissait alternativement sous l’excitation de ses sentiments intimes.
— Un léger malentendu, expliqua le notaire, tout est réglé maintenant. Je crois que nous pouvons procéder aux signatures… Mademoiselle Suzanne, voulez-vous venir signer ?
Mais il répéta deux fois la question sans qu’elle entendît sa voix.
— Ma chère Suzanne, dit Marc en lui prenant la main, on demande votre signature.
Elle se leva aussitôt et s’approcha de la table en disant :