— Ne m’ennuie pas, Fanchette. Je t’ai dit que je me confesserai à mon lit de mort, c’est bien suffisant.
— Est-ce que vous savez seulement si vous mourrez dans votre lit, mademoiselle ? répondait Fanchette crûment. Il y en a bien d’autres que vous que la colère du bon Dieu frappe subitement, et c’est bien fait !
Et, en manière de péroraison, elle ajoutait :
— Le curé de notre paroisse est un bien bon prêtre, bien doux et bien prudent.
— Je n’aime guère les prêtres et les religieuses, répondait Mlle Constance d’un ton dédaigneux. J’ai toujours entendu dire à mon père que c’étaient des paresseux.
— Ah ! s’écriait Fanchette outrée, vraiment, mademoiselle, votre papa trouvait que c’étaient des feignants ! Qu’est-ce qu’il a donc fait, lui, si ce n’est de rien faire du tout, de se laisser vivre tranquillement dans son bien dont il a mangé une partie pour se mieux nourrir, car il ne vous en a pas laissé gros !
Et pour ne pas être tancée de parler aussi irrévérencieusement de feu M. Jeuffroy, elle courait dans le jardin qu’elle se mettait à bêcher avec rage, tout en appelant à son aide une multitude de saints pour convertir Mlle Constance.
Mais les années passaient, et, à la fin de chaque carême, Fanchette songeait avec désespoir que sa maîtresse n’avait pas fait un pas dans la voie du salut.
Un après-midi, elles étaient toutes les deux dans le jardin ; Mlle Constance, sa robe antique retroussée, coiffée d’un large chapeau rond dont la forme n’eût point été désavouée par les bergères d’autrefois, arrosait les fleurs rustiques qui croissaient autour de ses légumes. Mais, comme le seul arrosoir qu’elle pût porter était défoncé, et qu’elle avait décrété qu’on ne le remplacerait que si la récolte de vin était bonne, elle se servait d’un plat partagé en deux pour puiser de l’eau dans un petit réservoir.
Fanchette la suivait pas à pas, un tricot à la main et des paroles éloquentes à la bouche. La nuit précédente, elle s’était réveillée en proie à un cauchemar qui lui avait montré sa maîtresse livrée aux démons. Considérant que c’était un avertissement du ciel pour lui ordonner de tenter un nouvel effort, elle y mettait toute son énergie. Mlle Constance, absorbée dans les difficultés toujours renaissantes de son système d’arrosage, l’écoutait d’une oreille distraite ; mais son attention s’éveilla quand, après avoir épuisé ses raisonnements habituels, Fanchette ajouta :