— Enfin, mademoiselle, vous aurez beau faire, ce n’est déjà pas si agréable pour Mlle Suzanne d’avoir une tante… quasi une mère, puisqu’elle n’a plus sa vraie mère, qui ne fait seulement pas ses pâques ! Quand elle revient chez son papa, vous y êtes toujours fourrée naturellement. C’est vous qui êtes censée son conseil, et un joli conseil pour le monde qui s’imagine que vous ne croyez seulement pas au bon Dieu ! car, enfin, vous n’avez pas écrit sur votre figure que vous voulez vous confesser à la mort. On croira que Mlle Suzanne pense comme vous, et si j’étais homme à marier, je sais bien que j’aimerais mieux me percher sur une colonne comme un grand saint que d’épouser une demoiselle qui ne pratique pas sa religion.
Mlle Constance laissa tomber son plat au fond de l’eau et se tourna vers Fanchette en disant d’une voix altérée :
— Que dis-tu là, Fanchette ?
— Pardié, mademoiselle, je dis la vérité, vous le savez bien !
La vieille fille, dont l’esprit, toujours en quête des agissements du prochain, attachait une importance démesurée aux propos des autres, fut complètement bouleversée par le raisonnement de Fanchette que sa bonne étoile, plutôt que sa malice, avait bien dirigée.
Terrifiée à la pensée de nuire à sa nièce, Mlle Constance ne ferma pas l’œil de la nuit, et, se levant avec l’aube, courut arranger tant bien que mal les affaires de sa conscience.
Quand elle revint chez elle, Fanchette, inquiète de ce départ matinal, était sur le seuil de sa cuisine, et, la main en éventail pour se garantir des premiers rayons du soleil qui l’aveuglaient, elle guettait le retour de sa maîtresse.
— Je me demandais ce que vous étiez devenue, mademoiselle, car vous avez beau vous lever avec les poules, vous ne sortez jamais si tôt, puisque vous n’avez seulement pas le cœur d’aller à la messe de temps en temps.
Avant de répondre, Mlle Constance, dans une agitation extrême, ôta le mantelet de soie qu’elle portait depuis vingt-cinq ans et défit les brides de son chapeau qui, confectionné par elle, présentait, aux yeux surpris de l’observateur, un composé d’ingrédients les plus disparates se mariant avec une fantaisie qui n’appartenait qu’à l’art de Mlle Jeuffroy.
— Avant de parler, Fanchette, dit-elle, tu devrais demander où je suis allée. J’arrive de la messe, et j’ai une grande nouvelle à t’annoncer : je suis convertie !