— Il ne faut jamais plaisanter avec les choses saintes, mademoiselle ! répondit Fanchette d’un ton vif.
— Est-ce qu’il s’agit d’une plaisanterie ! s’écria Mlle Constance avec un accent triomphant. Je suis allée à confesse !
Fanchette devint écarlate et, dans son saisissement, laissa choir le café au lait qu’elle venait de préparer et qui courut en petits ruisseaux sur les carreaux rouges de la cuisine.
— Ma foi, tant pis pour votre déjeuner, mademoiselle ! vous m’avez saisie ! Est-ce un bonheur, ça, tout de même, depuis cinquante ans que vous n’étiez entrée dans un confessionnal ! Quand je pense que j’ai mis hier un cierge pour vous devant la statue de votre patronne ! Elle n’a pas été longue à m’exaucer.
— Et maintenant, s’écria Mlle Constance du même ton triomphant qui rendait plus éclatant le timbre métallique de sa voix, maintenant on ne dira pas que je fais tort à Suzanne ; et si les maris veulent venir, ce n’est pas moi qui les effrayerai. J’en connais qui n’attendront pas longtemps pour se prononcer, et je te dis qu’elle se mariera comme elle voudra, car elle est plus belle qu’un ange.
Les poings sur les hanches, Fanchette l’avait écoutée avec indignation :
— Ah bien, si c’est seulement pour ça que vous vous êtes convertie, c’est du joli !
— Comment ! s’écria Mlle Jeuffroy étonnée, tu n’es pas contente ! Puisque je suis allée à confesse, qu’est-ce que tu veux de plus ? Vas-tu maintenant te croire plus sage que le curé qui m’a promis l’absolution quand je retournerai me confesser ?
Fanchette médita un instant, secoua sa grosse tête qu’une légère déclivité du cou inclinait à gauche, et répondit :
— Après tout, le bon Dieu a trente-six moyens d’arriver à ses fins !