Elle fit un geste d’indifférence.

— Il m’a prié d’être son ambassadeur auprès de vous et…

— Que réclame-t-il ? interrompit Suzanne d’un ton ironique. Manque-t-il quelque chose dans les cadeaux renvoyés ? J’ai cependant surveillé moi-même l’envoi. Je ne crois pas que nous l’ayons lésé d’une perle ou d’un chiffon.

— Ne le mettez pas si bas, répondit Preymont doucement ; il ne pense qu’à vous, qu’à son amour perdu, et m’a prié instamment de vous exprimer ses regrets et l’ardent espoir que vous consentirez à renouer avec lui.

Suzanne regarda M. de Preymont d’un air étonné et s’écria :

— Quoi, Marc ! est-ce bien vous qui vous êtes chargé d’une pareille mission, et croyez-vous à son amour ?

— Il y a différentes façons d’aimer, répliqua Preymont évasivement.

— Eh bien, la sienne me déplaît, dit Suzanne d’un ton résolu. Ma réponse… je la lui ai donnée hier, elle est la même ce matin. Il est inutile d’insister plus longtemps.

M. de Preymont éprouvait une immense joie, car, quelles que fussent les agitations douloureuses de la jeune fille, il songeait que, au point de vue du cœur, la blessure serait légère. Il la regardait s’appuyer avec un air de fatigue sur le haut dossier d’un banc rustique, et, dans son attitude affaissée, elle lui semblait plus délicieuse que dans les transports de sa fière révolte.

De grands peupliers répandaient autour d’elle une ombre que le soleil perçait de place en place, marquant le sol de taches lumineuses, sur lesquelles on voyait remuer la silhouette des feuilles, qui s’agitaient avec un bruissement léger sous le souffle très doux du vent. Le flot de la Vienne mourait sans bruit sur le bord un peu vaseux, des loriots manifestaient bruyamment leur joie de vivre, et les effluves de tilleuls en fleur imprégnaient l’air d’un parfum pénétrant. Mais Mlle Jeuffroy, indifférente aux détails qui l’entouraient, regardait devant elle l’eau miroitante avec la fixité d’un esprit captif de ses pensées.