M. Jeuffroy, après réflexion, avait généreusement pardonné à sa sœur le mariage manqué. Il causait avec elle de la possibilité de revenir sur le fait accompli quand M. de Preymont, par sa démarche, vint raviver un espoir qui dura le temps d’une pensée passagère.

Après l’avoir écouté avec attention, M. Jeuffroy, jetant un regard de travers à sa fille, demanda :

— Est-ce que Suzanne était déjà au courant ?

— Oui, répondit Preymont ; j’ai rencontré ma cousine, et je me suis permis de lui exposer le motif de ma visite.

— Ma réponse est naturellement celle que j’ai faite hier, dit Suzanne à voix basse.

M. Jeuffroy se leva brusquement. Il arpenta son salon la mine renfrognée, le verbe haut et sa robe de chambre ouverte ballottant au gré de ses mouvements impatients.

— Oh ! je sais que tu ne te soucies guère de me contrarier, d’agir en dehors de toutes mes idées, sans même me consulter. C’est triste d’avoir une fille comme toi, indépendante et orgueilleuse !

— C’est une tristesse que beaucoup de gens voudraient partager avec vous, monsieur ! répondit Preymont d’un ton qui imposait toujours au bonhomme et l’exaspérait en même temps.

Mécontent de s’être laissé aller devant Preymont à sa méchante humeur, il répondit d’un ton plaintif :

— Est-ce que je dis le contraire ? mais un père a bien le droit de perdre un peu la tête devant un événement si malheureux, devant un entêtement extraor…