— Au reste, interrompit tranquillement Preymont qui ne voulait pas le laisser s’enferrer, toute la ville, m’a-t-on dit, approuve la conduite de Suzanne.
— Ah !… dit M. Jeuffroy en dressant l’oreille.
— Je regrette d’être cause d’une contrariété en m’étant d’abord adressé à ma cousine, mais enfin le malheur est petit, car, évidemment, elle n’a fait que devancer votre réponse. Comme on le dit dans le monde, d’après certains échos qui sont arrivés jusqu’à moi dès hier soir, il est certain que vous ne pouvez plus désirer pour gendre un homme qui vous a insulté, quels que soient d’ailleurs les regrets et l’insistance de celui-ci.
M. Jeuffroy, adossé à la cheminée, ouvrait et fermait alternativement sa grande robe de chambre, clignait ses petits yeux, soupirait comme un homme essoufflé, mais ne perdait pas une seule des paroles de Preymont.
Il répondit d’un ton rogue :
— On n’en a pas douté, j’espère !… Qui vous a dit cela ?
— Mais… c’est l’opinion générale.
— Parbleu !… ça ne peut pas être autrement. Du diable si j’aurais supposé à Varedde un caractère aussi intéressé ! Dites-lui quels gens nous sommes, et qu’il n’a plus rien à espérer. Après tout, c’est un goujat, vous pouvez lui servir ce petit plat de ma part si vous voulez.
— Avant tout, Marc, prenez souci de notre dignité ! s’écria Suzanne impétueusement.
Preymont, la rassurant d’un regard, se leva pour partir. Il fut reconduit par M. Jeuffroy et sa sœur, et, dans le parc, ils trouvèrent Saverne, qui, très désappointé en ne revoyant pas la jeune fille, s’occupa cependant immédiatement de faire la conquête de M. Jeuffroy.