Il fit une allusion aux événements de la veille, en vantant d’une façon délicate la beauté et le caractère de Mlle Suzanne, puis, changeant de sujet, s’extasia avec enthousiasme sur l’aspect suranné des jardins et l’irrégularité du manoir.

— Vous avez là, monsieur, une propriété ravissante pour un artiste.

— Pas mal ! répondit M. Jeuffroy négligemment. Et je l’ai eue pour un morceau de pain.

— Oh ! c’est le point capital, répliqua Saverne, mis en gaieté par la réponse et l’accoutrement du propriétaire. Mais ce doit être un rêve de vivre ici ! Je vous demanderai peut-être la permission d’emporter un croquis de votre vieille maison, monsieur !

M. Jeuffroy, flatté, et songeant aux provisions de son garde-manger, l’invita à dîner pour le lendemain, pendant que Mlle Constance, de retour chez elle, après avoir raconté en gémissant à Fanchette qu’il n’y avait plus une ombre d’espoir du côté de M. Varedde, lui parla de Saverne en termes admiratifs.

— Il est de taille superbe, avec une belle et bonne figure, lui confia-t-elle. Et il parle absolument comme tout le monde, lui qui écrit !

— Qu’est-ce qu’il écrit ? demanda Fanchette de son ton brusque. Des choses pour la perdition de la jeunesse, je suis sûre !… Si je le vois, ce monsieur, je lui dirai son fait.

V

Pour se remettre de l’ébranlement moral dans lequel l’avait jetée la rupture de son mariage, Suzanne obtint de son père la permission d’aller passer un temps indéterminé dans le couvent où elle avait été élevée, auprès de la supérieure qui l’aimait d’une forte et tendre affection.

Son absence dura quelques semaines, pendant lesquelles Saverne entra sans difficulté dans l’intimité du manoir. Avec la soudaineté de décision qui lui était propre, il avait pris la résolution de mettre en œuvre tous ses moyens de séduction pour plaire à la jeune fille, oubliant, avec son insouciance et sa légèreté de principes habituelles, que l’honneur lui faisait une loi de reconquérir avant tout sa liberté.