Après avoir manifesté avec vivacité son enthousiasme pour Mlle Jeuffroy, il n’en parla plus, jusqu’au moment où, venant s’asseoir auprès de Mme de Preymont, il lui dit :
— Vous ne me parlez plus de mariage, vous qui sembliez si désireuse de me découvrir une femme !
— Je vous attendais, répondit-elle ; force-t-on la liberté d’un étourdi comme vous ?
— Ah ! répliqua-t-il gaiement, je vis sur ma réputation. Le vieil homme est au fond d’un puits, et le nouveau est disposé à se faire ermite… avec une femme par exemple ! et je l’ai découverte sans l’aide de personne : c’est Mlle Suzanne.
— Elle n’est pas obtenue, répondit Mme de Preymont en pâlissant légèrement. Son entourage attache à l’argent une importance extrême.
— Ah bah ! l’argent !… j’en gagne suffisamment pour donner à ma femme une grande aisance. Cette jeune fille n’est pas une poupée qui ne songera qu’à s’habiller. C’est un caractère, en même temps qu’une beauté exquise.
Preymont se promenait silencieusement, les mains derrière le dos.
— Qu’en pense le philosophe ? cria Saverne. Serait-il content de m’avoir pour cousin ?
— Assurément, répondit Preymont d’un ton bref, mais défie-toi ; il n’y a pas une femme qui ne soit un peu poupée, de même qu’il n’y a pas d’homme qui ne soit un peu polichinelle.
— Singulière profession de foi pour un philanthrope ! répliqua Saverne en riant, car c’est le nom que te donnent tes compatriotes, qui t’accusent avec amertume d’encourager tous les vices par ta générosité socialiste, c’est leur expression. Bien heureux si on ne t’accuse pas de les posséder !