— C’est bien, très bien !… mais je ne m’explique pas comment, avec trois coups de crayon, on peut arriver à représenter aussi exactement une maison. C’est tout à fait ça la forme de la mienne, seulement n’oubliez pas le lierre, on l’admire généralement, et mettez bien toutes les feuilles, mais comment ferez-vous ?
Preymont fut satisfait de la belle mine de sa cousine. Cependant, en observateur expérimenté, il démêla dans son expression une nuance plus grave que par le passé lorsque son franc sourire n’éclairait pas ses beaux traits.
— Mademoiselle Jeuffroy me fait l’honneur de s’intéresser à ce petit dessin, dit Saverne gaiement, et, pour l’en récompenser, si elle me le permet, avant mon départ je crayonnerai son portrait à ma façon, c’est-à-dire en caricature.
— Je serais curieuse de voir cela, répondit-elle en riant.
— Est-ce que vous partez déjà ? demanda M. Jeuffroy.
— Le sais-je ? répondit Saverne avec entrain, en glissant le dessin dans un portefeuille. Demande-t-on au caprice quelle marche il doit suivre ?
— Oh ! avant de partir, mon cher monsieur, dessinez ma maison, s’écria Mlle Constance ; vous me feriez tant de plaisir !
— Le plaisir sera pour moi, répondit-il joyeusement. Demain matin je commencerai.
Son regard, si elle l’avait vu, eût appris à Suzanne qu’il se souciait bien peu, en ce moment, des manifestations de l’art ; mais toute l’attention de la jeune fille était concentrée sur Preymont.
Bien des fois, elle avait réfléchi à la conversation qu’elle avait eue avec son cousin au bord de la Vienne. Cette exclamation : « Grâce au ciel, vous ne l’aimiez pas ! » était pour elle le sujet d’une méditation inquiète.