« Pourquoi en était-il si heureux ? Pourquoi tant d’ardeur dans ses paroles ? M’aimerait-il ? Pauvre homme ! »
Elle observait tous ses mouvements de physionomie, mais Preymont avait son attitude froide de chaque jour, et lorsqu’elle se trouva seule un instant avec lui, il lui manifesta le tendre intérêt de leur vieille amitié sans qu’un mot, sans qu’une expression pût confirmer ses soupçons.
Rassurée, elle respira plus librement et lui dit gaiement :
— Je m’inquiétais un peu de mon retour, et voilà que je trouve pour m’accueillir la gaieté de votre ami et surtout votre bonne affection.
— Ah ! cette dernière chose est à la vie, à la mort, répondit-il sur le ton qu’elle avait pris. Il y a des plantes dont les racines sont si profondes qu’on n’en peut jamais trouver l’extrémité, et je crois que notre amitié est au nombre de ces plantes-là.
— Je le crois également, répondit-elle en lui tendant la main.
De bonne heure, le matin suivant, Saverne s’achemina vers le singulier logis de Mlle Constance. Aux premiers rayons du soleil, les fleurs entr’ouvraient leurs corolles, des lambeaux retardataires de brume s’enfuyaient, et, bien qu’il ne fût pas poète, Saverne songeait que cette fraîche matinée souhaitait la bienvenue à l’idylle dont il voulait être le héros.
Il s’annonça avec fracas, et Fanchette accourut en grondant :
— Enfin, monsieur, si ma maîtresse dormait, voyez un peu comme vous la réveilleriez… à son âge !
— Oui… mais dormait-elle ?