— Ah bien, oui, dormir ! Elle est déjà chez sa nièce.
— Alors ne grognons pas, Fanchette, et apportez-moi deux chaises pour que je m’installe confortablement à dessiner un chef-d’œuvre.
En dépit de son animosité pour les écrivains profanes, Fanchette avait une secrète sympathie pour Saverne, à qui elle adressait des semonces avec la liberté dont elle ne se départait pour personne.
— Devinez, Fanchette, à quoi j’ai passé ma nuit !
— Plus souvent ! répondit-elle d’un ton scandalisé. Est-ce qu’avec vous il ne faut pas toujours se méfier ?
— Vos chastes oreilles peuvent entendre mon récit, répliqua-t-il gaiement. J’ai commencé à écrire une belle histoire, qui sera publiée dans quelque temps.
— Ah ! exclama Fanchette avec curiosité, qu’est-ce qu’elle dit, votre histoire ? Parle-t-elle du bon Dieu, au moins ?
— Je crois bien !… d’une façon très directe, en vantant ses œuvres sous la forme d’une belle jeune fille qu’un beau jeune homme enlève à la barbe de son père.
Fanchette posa les poings sur ses fortes hanches et répondit véhémentement :
— Eh bien, monsieur, à quoi ça sert-il d’écrire des choses pareilles ? Si votre histoire tombe entre les mains d’une jeunesse, elle peut lui donner des idées qui reviendront un tantinet dans sa tête quand elle ferait bien mieux de penser à autre chose. J’ai une nièce, moi aussi, comme ma maîtresse… savez-vous ce que je ferais si je la voyais lire vos histoires ?