— Vous iriez mettre un cierge à l’église, Fanchette.
— Je lui donnerais des coups de trique, monsieur.
— Ma foi… c’est un moyen, répondit Saverne tranquillement.
— On devrait prendre toutes ces écritures-là, en faire un tas, et mettre le feu dedans, reprit Fanchette avec énergie. Voyez-vous, c’est le diable qui vous inspire.
— Le diable ? pauvre diable ! répondit Saverne avec commisération ; on lui en met tant sur le dos, Fanchette, que je me sens un peu de sympathie pour lui.
Fanchette le regarda d’un air inquiet, se demandant s’il parlait ou non sérieusement ; mais Mlle Constance arrivant avec Suzanne, elle n’eut pas le temps d’exprimer son indignation.
Saverne commença l’idylle qu’il rêvait avec la grâce et l’entrain qui le rendaient très séduisant. Sa conversation, mobile et légère comme son esprit, se posait sur un sujet pour y rester l’espace d’une minute, et s’enfuir où le caprice le poussait. La nature qui l’avait gâté, en lui donnant un caractère heureux et insouciant, lui avait appris à butiner sans jamais approfondir. Il avait, aux yeux de Suzanne, le charme de l’inconnu et de la jeunesse heureuse. Encore endolorie, sa tristesse diminuait au contact d’une gaieté communicative, et d’une sympathie dont le moindre mot de Saverne était parfois l’expression.
— Je sais que votre talent vous rapporte de bons revenus, dit M. Jeuffroy, qui était venu regarder par-dessus l’épaule de Saverne la marche du crayon.
— Assez bons ! répondit-il d’un ton insouciant.
— Comme c’est heureux ! dit Mlle Constance ; au moins vous pouvez faire des économies.