— Je t’écoute, lui dit-il.

Saverne lança sur le bureau un livre qu’il tenait la tête en bas et répondit :

— Ah ! ce ne sera pas long ! En deux mots, je viens te prier de demander pour moi la main de ta cousine.

— Tu ne l’auras pas ! répondit Preymont en se levant pour dissimuler son trouble.

— Pourquoi ?

— Parce que le père Jeuffroy ne donnera jamais sa fille à un homme qui n’a pour gagne-pain que l’habileté de sa plume et de son crayon.

— Il y aura quelques tiraillements peut-être, répondit Saverne ; mais, d’une part, son histoire avec Varedde n’est pas sans lui avoir fait du tort, car, de quelque façon que le public l’interprète, le bonhomme est toujours fortement égratigné. Ensuite, il faut compter beaucoup avec l’opinion de Mlle Suzanne.

— Tu es aimé ? demanda Preymont en regardant fixement devant lui.

— Je ne dis pas cela, répondit Saverne en hésitant, mais je crois que je puis l’être. Voyons, Marc, toi aussi, tu penses que je ne lui déplais pas ?

Dans l’impossibilité de parler, Preymont fit un léger signe de tête et, le visage contracté, arpenta son cabinet.