— Mais pour vouloir déjà faire ta demande, tu as donc rompu définitivement avec ta liaison ? demanda-t-il en s’arrêtant brusquement.
— Pas tout à fait, répondit Saverne embarrassé, mais ce ne sera pas long, quand je saurai à quoi m’en tenir du côté des Jeuffroy.
Preymont éclata :
— Et tu as cru que je me prêterais à une pareille combinaison !
— Quelle mouche te pique ! dit Saverne étonné. Tu sais que, depuis longtemps, je désire être libre, me marier, et que j’aime sincèrement ta cousine. Tu ne me supposes pas capable d’une infamie, j’imagine ?
— Je ne suppose rien, mais je constate les faits, répondit Preymont qui ne se possédait plus. Depuis des semaines, je trouve incroyable que tu te permettes d’aller si loin avant d’avoir balayé le chemin. Infamie est un gros mot que je ne prononce pas, mais assurément c’est une conduite déloyale.
— Si tu n’étais pas toi, répliqua Saverne en colère, tu ne serais pas allé jusqu’au bout de ta phrase.
— Eh ! que m’importent tes menaces ! répondit Preymont en haussant les épaules. Je refuse de te servir en cette circonstance.
Certains doutes, que Saverne avait toujours écartés parce qu’ils le gênaient, prirent corps tout à coup, et la vérité le frappa ouvertement. Il s’écria :
— Ah ! mordieu !…