— T’es-tu amusée, Suzanne ? Comme tu es pâle ! Est-ce que tu n’as pas bien déjeuné ? Que vous a-t-on donné à manger ? Qu’est-ce qu’on a dit ?

Suzanne alla s’asseoir au bas du perron sur le banc où Fanchette et sa maîtresse devisaient souvent ensemble.

— Ma tante, dit-elle, je voudrais vous parler… à vous seule.

Fanchette, qui était accourue avec curiosité, les lunettes sur le nez, un écheveau de laine à moitié dévidé à la main, s’écria d’un air offensé :

— Eh bien, je m’en vas… ne vous dérangez pas. Mais je sais tenir ma langue quand il le faut, mademoiselle !

Mlle Constance, que son rôle de confidente transportait de joie, se rapprocha de sa nièce avec une physionomie ravie.

— Croyez-vous, ma tante, dit Suzanne en allant droit au but, que mon père me fasse part de toutes les demandes en mariage qui lui sont adressées pour moi ?

— Je ne sais pas, ma chérie, mais il m’en parle toujours à moi, et je promets de ne te rien cacher si tu le désires.

— Et… dernièrement, il n’y a rien eu ?

— Non… je l’aurais su. Ces jeunes filles ! comme c’est sournois !… Tu connais donc quelqu’un qui t’aime ?