Dans une agitation fébrile, Mlle Constance entra dans le salon et aborda immédiatement la question qui la préoccupait, car, bien qu’elle critiquât en arrière Mme de Preymont dont les idées l’impatientaient, elle savait qu’on pouvait avoir confiance dans son caractère et son jugement.
— Votre ami est parti, mon cher monsieur, dit-elle de sa voix éclatante, quel bonheur ! Figurez-vous qu’on mariait beaucoup Suzanne avec lui, comme si nous ne pouvions pas trouver bien mieux qu’un homme qui n’a ni sou ni mailles. Aviez-vous entendu parler de ces propos, madame ?
— Oui, répondit Mme de Preymont d’un ton froid, et je ne crois pas que M. Saverne, notre ami, soit indigne de Suzanne.
— Indigne !… mais je ne dis pas cela. Il est charmant, et je crois bien que c’est l’avis de ma nièce ; mais il faut autre chose que des qualités pour manger, comme dit mon frère, qui est homme d’un grand sens. Enfin, puisqu’il est parti sans parler, c’est qu’il ne pense à rien. Mais, mon Dieu, peut-être va-t-il écrire ? qu’en pensez-vous ?
Preymont ne laissa pas à sa mère le temps de répondre. Exaspéré, il dit brusquement :
— Il n’écrira pas ! il a une liaison à Paris.
— Une liaison !
Mlle Constance eut un geste intraduisible d’indignation triomphante.
— Qu’est-ce que je disais hier à Suzanne ? Ces gens-là font la cour aux femmes seulement pour s’amuser, ils sont trop mauvais sujets pour se marier.
— Comment ! dit Preymont avec violence, est-ce que Suzanne…?