Mais il s’arrêta, car il eût outrepassé son droit en posant la question très intime qu’il avait sur les lèvres.

Mlle Constance, à qui le ton violent de Preymont fit ouvrir des yeux effarés, le tira inconsciemment d’embarras.

— Comme vous êtes ses parents et ses amis, je puis vous dire qu’elle s’était imaginé que M. Saverne allait la demander en mariage. Elle m’a questionnée là-dessus sans avoir l’air d’y attacher une grande importance, heureusement ! et ce matin, quand il l’a quittée, elle était aussi tranquille qu’à l’ordinaire. Je suis bien contente, ajouta-t-elle en se levant, qu’il ne pense pas à elle, parce que, s’il lui plaît, c’eût été une déception peut-être si mon frère, comme c’est probable, avait renvoyé très loin l’idée d’un mariage qui n’offre pas de garanties suffisantes pour l’avenir.

Après avoir reconduit Mlle Jeuffroy, Marc revint dans le salon, qu’il arpenta longtemps d’un air inquiet et mécontent. Il examinait le visage de sa mère, sur lequel il lisait une pensée qui l’humiliait. L’étonnement de Mme de Preymont était pénible, car, pour la première fois, elle lui voyait commettre une lâcheté.

— Vous me blâmez donc beaucoup ? dit-il en s’arrêtant subitement devant elle.

— Oui… ce n’est pas bien, répondit-elle simplement.

— En tout cas, je n’ai jamais dit que la vérité, répliqua-t-il.

— Non… tu le sais bien.

Il se tint longtemps silencieux devant la fenêtre ouverte, jusqu’au moment où, répondant à sa pensée secrète, il dit violemment :

— Lâcheté ou non, si c’était à refaire, je recommencerais… Si on le dit à Suzanne, eh bien ! le mal sera coupé dans sa racine.