Mme de Preymont ne répondit pas ; mais, s’approchant de son fils, elle croisa les deux mains sur son bras et se tint près de lui silencieusement, comme pour le protéger contre son plus grand ennemi qui était lui-même.

L’orage du matin s’était dissipé, et la journée avait été belle. Devant eux, dans la campagne, les arbres et les bois se dessinaient en masses sombres, pendant que la lumière encore chaude du soleil couchant colorait leur cime dans une dernière caresse. Une brise qui, dans la journée, agitait le fleuve, avait disparu, et les eaux semblaient s’assoupir dans le jour qui baissait. Il y avait un tel calme dans cette fin d’un bel après-midi que Mme de Preymont leva les yeux vers son fils pour voir s’il ne subissait pas l’influence de la beauté sereine.

Il comprit sa pensée et dit à voix basse :

— Pauvre mère !

— Ah ! murmura-t-elle d’un ton pénétrant, Marc, je ne puis faire que tu puises du courage dans mes croyances, mais sois homme… et sois bon.

— Bon ?… quelle duperie !

Mais aussitôt, se repentant de son exclamation, il prit la main de sa mère, qu’il baisa avec une sorte de vénération, car son esprit était assez haut pour la comprendre et constater toute la supériorité qu’elle avait sur lui.

Pendant que la passion et la douleur le faisaient défaillir, elle avait dans le malheur cette force morale que donne l’humble persuasion d’une faiblesse qui s’appuie sur un principe supérieur à l’énergie humaine.

— Mais, reprit-il avec dédain, vous avez raison : je ne suis qu’un jouet fragile, et non un homme.

— Alors, si tu le reconnais… tu ne songeras plus à mourir, lui dit-elle avec une tristesse si poignante que Preymont tressaillit.