Alors, toute transie à l’idée de s’être trahie, elle se répéta chaque mot qu’elle avait prononcé, cherchant à se rappeler si son attitude avait été assez froide et assez indifférente.
« Oui, se dit-elle après un examen consciencieux, je crois que rien n’a pu lui donner l’idée fausse qu’il était aimé. »
Elle se calma en écrivant à la supérieure, à qui, dans son isolement moral, elle avait pris l’habitude d’envoyer de longues confidences.
Sa lettre écrite, et malgré la fraîcheur de la nuit, elle vint s’asseoir à sa fenêtre pour réfléchir et achever de mettre de l’ordre dans ses sentiments. Elle se persuadait à elle-même que le cœur n’était pas atteint, que sa fierté, son amour-propre étaient seuls blessés, qu’elle souffrait surtout des coups successifs portés à sa confiance dans les joies de la vie et la loyauté des hommes. Il y avait huit mois à peine, elle croyait encore que le chemin était uni, du moins qu’on y rencontrait une droiture égale à la sienne, que le mensonge était chose rare et généralement abhorrée. Elle pleurait, croyait-elle, d’être si jeune, si remplie d’illusions qu’elle ne faisait point un pas sans les voir fuir très loin, emportant le meilleur de son âme. Elle trouvait affreux de se heurter à tant de réalités qui blessaient si profondément sa nature et ses plus chers sentiments.
« Cependant, pensait-elle avec tristesse, il y a certainement des femmes qui ne connaissent pas les épreuves qui m’ont accueillie ici. Beaucoup ne sont ni trompées, ni privées de tendresse. »
Mais il n’était pas dans son caractère de pleurer longtemps sur elle-même, et il y avait en elle un fonds de raison qui combattait les côtés extrêmes d’une nature entière, généreuse et confiante. Après s’être raisonnée et blâmée aussi vivement que si la mauvaise action avait été de son côté, elle ferma la fenêtre en disant :
« Je ne l’aime pas, car je ne l’estime plus, mais je pleure encore parce qu’il m’a trompée et que j’ai horreur du mensonge. »
Quelques jours plus tard, Preymont, qui attendait avec la plus extrême anxiété des nouvelles de Didier, reçut les lignes suivantes :
« Mon vieux, si tous les hommes sont bêtes, je le suis particulièrement. On dit bien : Allez au diable ! mais, un instant après, on se laisse reprendre et garrotter. Mariage et bonheur sont à vau-l’eau ; c’est la première fois de ma vie que je suis malheureux.
« Saverne. »