Ces mots furent suivis du silence embarrassé qui, sans motif apparent, rompait souvent maintenant leurs entretiens. Suzanne songeait aux impressions la portant à croire que Preymont l’aimait, et aux raisons qui mettaient en doute sa perspicacité.
— Au revoir, dit-il en lui tendant la main ; je reviendrai dans le milieu d’octobre, à moins que des affaires imprévues ne me rappellent chez moi.
Elle le regarda s’éloigner avec tristesse, en déplorant, s’il l’aimait, d’être cause pour lui d’une souffrance qu’elle ne pouvait guérir, car la pensée de l’épouser ne se présentait pas encore à son esprit.
Fanchette, qui les avait observés de loin et que M. de Preymont avait rencontrée en s’éloignant, s’approcha de Suzanne.
— Eh bien, mademoiselle, commença-t-elle de son ton brusque, il ne se décidera donc jamais à parler, votre cousin ?
— A parler ? dit Suzanne étonnée.
— Pardié ! à vous dire qu’il raffole de vous voilà déjà un bon bout de temps. Mais je sais qu’il n’osera jamais vous le dire, parce qu’il n’est pas bâti comme un autre.
— Qui t’a appris cela ? comment le sais-tu ? Pourquoi n’en as-tu pas parlé plus tôt ? demanda Suzanne.
— Je sais que vous ne me trouvez pas plus fine qu’une autre, mademoiselle, répondit Fanchette ; mais on a ses deux yeux tout de même et ses oreilles aussi… Seulement ma maîtresse m’avait défendu de vous en parler.
— Pauvre, pauvre Marc ! murmura Suzanne avec pitié.