— Je m’en aperçois, répondit Suzanne avec ironie. Marc n’a que des qualités, mais vous avez vu ce qu’étaient M. Varedde et M. Saverne, ajouta-t-elle avec hésitation.
— Qui m’aurait dit, s’écria la vieille fille, qu’avec ta beauté tu aboutirais à cela ! Tu ne l’aimeras pas, et tu seras malheureuse.
— Vous devriez me connaître assez, ma tante, dit Suzanne avec un accent indigné, pour savoir que si je croyais ne pas pouvoir l’aimer, je ne l’épouserais pas. Songez combien il a été malheureux, continua-t-elle avec chaleur, et quelle joie ce sera pour moi de le consoler.
Mlle Constance haussa les épaules et ne répondit rien. Suzanne, la croyant ébranlée, lui dit :
— Voulez-vous, ma tante, vous charger de faire auprès de Mme de Preymont la démarche nécessaire ?
— Jamais ! répondit la vieille fille avec énergie, jamais, jamais !
— Alors j’y vais moi-même, dit Suzanne résolument.
Mme de Preymont lisait une lettre de son fils quand on lui annonça la jeune fille.
— Te voilà, mignonne, lui dit-elle avec le sourire aimable qui atténuait la tristesse de son regard. Quel air animé, et comme tu es en beauté ! c’est un plaisir de te regarder.
Suzanne poussa un tabouret et, d’après une vieille habitude d’enfance, s’assit tout près de Mme de Preymont.