— Suzanne… c’est donc vrai ?

— Vous doutez encore de moi, répondit-elle à demi-voix, vous ne croyez pas au dévouement, à l’affection que je veux vous donner entièrement ? Marc, ayez confiance, je serai pour vous la femme aimante que vous rêvez. Me croyez-vous ?

— Oui… je crois ! dit-il en l’attirant sur le banc et en s’asseyant près d’elle.

Délivré des entraves qui le paralysaient, il baisa avec une sorte de violence la main de Suzanne, et tout à coup, avec une éloquence fougueuse, il lui dit son amour fidèle, ardent, ses doutes, ses jalousies et ses angoisses. Pour la première fois de sa vie peut-être il dépouillait son écorce orgueilleuse et, avec toutes ses fiertés, se mettait aux pieds de celle qu’il aimait.

— Pour bien comprendre mon ivresse, sachez ce qu’était ma vie, lui disait-il.

Suzanne écoutait, vaguement étonnée de rester presque froide aux accents mâles et passionnés d’un amour que, depuis six semaines, son imagination enveloppait d’un prestige idéal.

Les baisers de Preymont lui déplurent ; elle retira sa main, puis chercha en vain des mots pour dire ce qu’un instant avant de le voir elle eût voulu lui exprimer.

Mais lorsqu’en termes brefs, énergiques, il parla des douleurs d’un isolement sans espoir, elle s’émut, et, replacée au milieu des sentiments qui, depuis quelque temps, étaient sa vie et son mobile, elle s’écria avec vivacité :

— Vous ne souffrirez plus jamais, mon cher Marc, je vous le jure ! Ne songez pas au passé, regardez devant vous. Si vous saviez combien je suis heureuse de vous donner le bonheur !

Inquiet, il la regarda attentivement et répliqua :