— A la place du bon Dieu, je ne vous écouterais pas, mademoiselle, répondit Fanchette avec indignation, vous qui vous occupez si peu de Lui !… Vous feriez mieux toujours de demander la conversion de M. de Preymont : son âme doit vous intéresser, puisqu’il va devenir votre neveu.

— Son âme ! je me moque bien de son âme ! répondit Mlle Constance en haussant les épaules.

M. Jeuffroy avait médité la façon dont il recevrait le nouveau fiancé de sa fille. Preymont lui imposait, et, seul avec lui, il essaya par une familiarité exagérée de surmonter un embarras qu’il trouvait fort humiliant pour un beau-père.

— Peste ! mon cher, dit-il en lui frappant sur l’épaule, vous n’êtes pas un homme malheureux ! Ma fille n’est pas la première venue, savez-vous ?

— Je crois l’avoir découvert avant vous, répliqua Preymont avec un regard et d’un ton qui, remettant M. Jeuffroy à sa place, détruisirent toutes ses velléités de familiarité.

— Hum !… Je suis heureux, très heureux de l’événement, reprit-il. C’est un honneur pour moi certainement… mais je suis votre parent, vous savez ?

— Je sais, répondit Preymont négligemment, et je vous en félicite.

Les petits yeux de M. Jeuffroy clignotèrent ; il eut bien envie de se fâcher, mais il savait qu’on n’avait pas facilement le dernier mot avec Preymont ; ensuite il voulait profiter de la situation exceptionnelle pour diminuer la dot de sa fille et obtenir plus tard une donation par contrat.

— Vous savez, dit-il brusquement, Suzanne n’a plus que cinquante mille francs de dot. Les temps sont durs : les revenus diminuent tous les jours.

— Il importe peu, répondit Preymont dédaigneusement, et vous rédigerez le contrat à votre guise.