Conférence expérimentale, par le colonel Spanker, sur les plaisirs excitants et voluptueux qui dérivent du fait de mater et d'humilier une belle et modeste jeune dame; telle qu'il l'a faite dans la salle de réunion de la Société des Flagellants Aristocratiques de Mayfair. Londres, Édition Privée. A. D. 1837[11].

[11] Experimental Lecture. By Colonel Spanker, on The exciting and voluptuous pleasures to be derived from crushing and humiliating the spirit of a beautiful and modest young lady; as delivered by him in the Assembly Room of the Society of Aristocratic Flagellants, Mayfair. London. Privately Printed, 1836.

Cet ouvrage qui comporte deux volumes, quoique une troisième partie a dû être projetée sans cependant être mise à exécution—l'on trouve en effet à la dernière page du deuxième volume la mention: fin de la IIe partie, puis plus bas quelques lignes qui font assister au mariage de l'héroïne, suivies de la mention: Finis?—est orné de 11 planches coloriées passablement obscènes, d'une exécution rudimentaire et faite par quatre artistes différents.

A été réimprimé récemment.

Voici d'ailleurs un compte rendu analytique de cette conférence «faite pour une classe spéciale de flagellants qui trouvent leurs délices dans la torture poussée à l'excès:

«La conférence expérimentale, comme son titre le dénote, traite de l'état d'extase qui résulte, à ce que l'on prétend, de la jouissance que l'on peut puiser dans la cruauté physiquement et moralement parlant.

«Un excès de volupté peut uniquement être produit par deux causes: premièrement par le fait de nous imaginer que l'objet de nos désirs se rapproche de notre idéal de beauté ou d'autre part, quand nous voyons cette personne éprouvant les sensations les plus violentes possibles. Aucun sentiment n'est aussi vif que la douleur; son effet est véritable et certain. Elle ne trompe jamais comme la comédie de plaisirs éternellement jouée par les femmes et rarement éprouvée en réalité. Celui qui peut produire sur une femme les plus violentes impressions, celui qui peut le mieux troubler et agiter la constitution féminine jusqu'au paroxysme réussit à se procurer à lui-même la plus forte dose de plaisir sensuel.»

Ces remarques contiennent la quintessence de toute la philosophie que l'on trouve à satiété dans les volumes renommés du Marquis de Sade, où ce dernier, dans ses rêves exaltés d'orgies sanglantes, de phlébotomies, de vivisection et de tortures de toutes espèces, accompagnés de blasphèmes, ajoute tant d'importance à l'humiliation morale des victimes qu'il met en jeu. Ce à quoi il tend particulièrement, c'est la jouissance physique causée par la torture raffinée à laquelle ses victimes doivent être soumises et qui se résolvent finalement par leur mort.

Dans ce petit ouvrage, nos flagellants réussissent à réduire leurs expérimentations aux mœurs actuelles; elles comprennent une série très longue de tourments qui sont volontairement infligés à une seule victime, une jeune dame très sensible et d'une éducation supérieure.

Dans Justine et Juliette, le nombre d'individus prenant part aux orgies et aux meurtres perpétrés exclut toute possibilité de réalité, tandis qu'ici, tout le procédé est si méthodiquement et si exactement développé, que nous sommes presque portés à croire ou à supposer que tout est basé sur des faits réels, étant donné que l'histoire est si documentairement portée à la connaissance du lecteur.