—Je ne pense pas qu'il y ait eu une seule plantation où elles ne fussent punies de cette façon. Naturellement il y avait des maîtres plus mauvais que d'autres, mais ce qui, en tout cas, rendait la punition plus pénible, c'est qu'elle était toujours infligée par des hommes, et souvent devant une réunion d'hommes.

—Sur quelles parties du corps fouettait-on les femmes, demandais-je vivement intéressé, et avec quel instrument était infligé ce châtiment?

—C'était presque toujours le derrière qui avait à supporter les coups. Quant aux instruments affectés à cet usage, les plus répandus étaient la baguette de noisetier, la courroie et la batte.

—La batte?

—Oui, c'est un instrument de bois rond et plat, attaché à un long manche. On l'emploie toujours pour frapper sur le derrière. Chaque coup froisse les chairs, boursoufle la peau d'une large ampoule, mais le sang ne coule pas. La baguette au contraire cingle comme une cravache et, pour peu qu'elle soit appliquée rudement, elle incise la peau et le sang jaillit. Il y avait encore un terrible instrument, qu'on appelait communément la peau-de-vache, mais on ne l'employait que sur les hommes.

—Vous êtes, en vérité, très au courant des différents supplices; mais par quel hasard vous trouviez-vous dans un état esclavagiste?

—J'aidais à tenir une station souterraine; mais savez-vous ce que l'on entendait par là?

Et comme je répondais négativement elle reprit:

—Une station souterraine était une maison dans laquelle les abolitionistes hospitalisaient les nègres marrons. Il y avait plusieurs de ces établissements dans le Sud et les déserteurs étaient envoyés d'une station à l'autre jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus dans un État libre. C'était très dangereux, car l'aide donnée à un nègre marron était considérée comme une grave infraction aux lois des pays du Sud. Tout homme ou femme surpris dans l'accomplissement de cette œuvre d'affranchissement était certain d'avoir à subir une très longue période d'incarcération dans les prisons de l'État, avec, en surcroît, les travaux forcés. De plus, la majeure partie du public s'élevait contre les abolitionistes, non seulement les propriétaires d'esclaves, mais, chose incroyable, les blancs qui ne possédaient pas un seul nègre se déclaraient esclavagistes. Il arrivait souvent que les anti-esclavagistes étaient pris et lynchés. On leur faisait subir mille tortures. Il y en eut que l'on enduisit de goudron et de plumes, d'autres que l'on mit tout nus à cheval sur un rail suspendu…

—Avez-vous eu à subir de pareilles épreuves dans votre station?