On entraîna le coupable. Entraîner n'est pas le mot propre, car il suppose résistance. Et il se laissait faire, comme s'il n'eût été qu'une masse inerte…

Les forçats avaient été convoqués, selon l'usage, pour assister au châtiment, à l'expiation…

L'évadé fut dépouillé jusqu'à la ceinture…

Un condamné à vie s'avança tenant en main l'instrument du supplice. En cette année-là, on faisait l'essai d'un fouet d'importation anglaise, le cat-o-nine tails, touffe de neuf lanières, garnies de petites balles de plomb.

L'exécuteur fit siffler dans l'air le cuir, qui rendit un bruit sec comme un coup de feu.

Le condamné resta immobile, les poignets appuyés sur le billot de bois.

Il faut dire que chaque coup du cat-o-nine tails, était compté pour dix coups ordinaires. C'était donc cinq rasades seulement, terme consacré, que le patient devait recevoir.

Un!… Son dos se marbra de bleu et de rouge.

Il ne remua pas.

Deux! Il y eut du sang.

Même immobilité.

—Diable! fit un des assistants, voilà une forte nature. Qui se serait attendu à cela? Ordinairement, on tombe au troisième.

Bah! ce sera pour le quatrième.

Mais le troisième tomba net sur les épaules l'homme…

Le quatrième enleva quelques lambeaux de chair…

L'autorité n'en revenait pas. Ce fouet britannique ne remplissait pas les conditions du programme…

—Cinq!

C'est fait. Le condamné se redressa. Il y avait là un baquet rempli d'eau dans laquelle on avait fait dissoudre quelques kilos de sel marin.

—Vous permettez? demanda-t-il.

Et sans attendre la réponse, il plongea dans l'eau la toile grossière qui servait d'éponge, et le liquide ruissela sur ses épaules…

Il ne frémissait même pas. Et cependant, à voir la chair écrasée, la douleur devait être atroce…

Mais lui, sachant que, sa peine subie, il rentrait dans les rangs, à sa place, alla se mettre dans le groupe des forçats, endossant la casaque dont on l'avait dépouillé…

—C'est une mystification, dit un surveillant.

De fait, ils étaient tous consternés.

—Il y a un autre condamné, fit un garde-chiourme. On pourrait essayer.

—Soit…

La condamnation était moins grave. Vingt coups, ce qui se résolvait en deux coups de fouet de nouvelle invention…

—C'est l'exécuteur qui a le poignet trop mou, objecta quelqu'un.

Celui qui venait de recevoir les cinq coups dit, mettant le bonnet à la main:

—J'offre de frapper le patient.

—Tu n'auras pas la force.

—Essayez.

—Soit.

Le forçat qui avait encouru la peine, pour quelque peccadille d'insubordination, était un énorme colosse dont les épaules, le torse, le râble semblaient taillés en plein bronze…

Il se posa, arrogant, défiant du regard le poignet fin et sans doute faible de cet exécuteur de hasard.

—Bonne affaire! murmura-t-il. Si celui-là me démolit…

Il n'acheva pas.

On entendit un cri, un râle.

L'homme était par terre, crispant ses ongles au sol.

Un seul coup du cat-o-nine tails l'avait abattu.

Le médecin s'approcha… Une sorte de gloussement sortait de sa poitrine, tandis qu'une écume rougeâtre souillait ses lèvres.

—Il ne résisterait pas au second coup, dit le médecin. Bien heureux s'il réchappe de cette première alerte…

C'était fait.

Les gardes-chiourmes appelèrent les hommes à la grande fatigue.

La flagellation dans la gravure, la caricature, en politique.—Là aussi, la flagellation a joué un rôle important. Mais cette partie demande une étude spéciale. Je ne citerai donc que quelques exemples.

Qui ne se rappelle le numéro publié par le Le Rire, entièrement illustré par le dessinateur Willette? Une des gravures, la plus amusante peut-être, représente un intérieur britannique, et, cependant que le père lit la Bible, la mère éponge le postérieur d'une fillette. Légende: En Angleterre, les petites filles sont bien gentilles, mais trop souvent fouettées.

*
* *

Au moment où j'écris ces lignes, La Caricature, journal satyrique donne en première page un dessin représentant la reine Victoria, flagellée vigoureusement par le Président Krüger. Cette caricature, considérée à juste titre comme outrageante, a eu un immense retentissement de l'autre côté du détroit.

Dans son numéro du 30 avril 1800, Le Courrier français donne un merveilleux dessin de Willette à propos du rétablissement de la flagellation en Virginie. La légende du dessin porte:

«Les journaux publient une dépêche de New-York annonçant que l'Assemblée législative de l'État de Virginie a voté une loi permettant d'appliquer les châtiments corporels en public.

«La première à qui cette loi a été appliquée est une jeune fille de dix-huit ans qui a été fouettée sur la place publique de Manassas, parce qu'elle avait des relations immorales avec un clergyman.»

Sans commentaires.

Une petite brochure vient de paraître, sous le titre. Les Crimes des couvents[57], qui contient des détails si révoltants sur des faits qui se sont passés dernièrement, d'une telle férocité que le sujet mérite d'être étudié à fond.

[57] B. Guinaudeau.—Les Crimes des couvents.—L'exploitation des Orphelins. Paris, 1889. 1 brochure de 72 pages, 50 centimes.

Je réserverai donc cette étude pour un autre ouvrage, car ici, la place me fait défaut.