V
TENTATIVE INFRUCTUEUSE

Peu à peu, sans m'expliquer pourquoi, je me pris à avoir un peu plus d'affection pour Randolph, et soit que je m'habituasse à ses manières, soit que je lui fusse reconnaissante de n'avoir jamais porté sur moi le dédaigneux jugement qu'il portait sur les femmes en général, je sentais qu'une détente se produisait en mon cœur. Je lui savais gré de sa politesse et de la galanterie pleine de réserve dont il usait à mon égard. Il me prêtait des livres, des poésies que je dissimulais pour que miss Dean ne les vît pas, et souvent, étendus sur la mousse, il me lisait d'une voix qu'il savait rendre harmonieuse des passages de Byron ou de Shelley.

Une après-midi, par une chaleur torride, nous étions installés dans notre coin favori à l'ombre des arbres, au bord de l'eau. Il me lisait un poème d'amour avec une voix chaude et si vibrante qu'à chacun des vers passionnés, je sentais des flammes me monter au visage, et, dans ma poitrine, mon cœur battre avec violence.

Une douce langueur me pénétrait toute, et je fermais les yeux, comme si j'eusse voulu prolonger par le sommeil le doux rêve que je rêvais.

Il cessa de lire. Tout était calme.

Un oiseau moqueur s'envola en poussant un cri strident; j'éprouvais un bien-être indicible.

Je sentis soudain son bras se glisser autour de ma taille, et ses lèvres se poser sur les miennes; un frisson me parcourut toute, mais je ne fis aucun mouvement pour me dérober. Le baiser figé sur mes lèvres semblait m'avoir hypnotisée.

Me pressant tendrement contre lui, il couvrit mon visage et mon cou de baisers, murmurant qu'il m'aimait, et me donnant les plus doux noms.

Ah! s'entendre dire: «Je vous aime!» comme ces mots sonnent agréablement à l'oreille d'une femme quand elle les entend pour la première fois.