Alors, avec des larmes dans la voix, Dinah me dit qu'elle devait m'accompagner partout, sans me laisser m'éloigner de l'habitation.
Mon projet d'évasion s'écroulait. Dans un mouvement de rage, je lançai mon bouquet de fleurs fanées par-dessus la barrière—infranchissable pour moi.
—Va! m'écriai-je, que le vent emporte ma dernière espérance. Miss Dean, nous sommes à jamais séparées. Puisse la brise te porter mes regrets et un peu de l'amour que je ne cesserai jamais d'avoir pour toi.
Puis, étendue sur une banquette, je me pris à sangloter.
Peu à peu, je me calmai, et Dinah, dans l'espoir de me distraire, me proposa de me faire visiter la maison.
J'acceptai son offre et nous nous promenâmes dans toute l'habitation. Je fus surprise du luxe qui s'étalait partout. Il y avait une vingtaine de chambres, toutes admirablement meublées, chacune dans un style différent. Je parcourus successivement plusieurs boudoirs, de vastes fumoirs, une merveilleuse salle de billard, et une grande bibliothèque remplie de livres de toutes sortes; deux corridors et deux larges escaliers donnaient accès dans toutes ces pièces.
Ainsi que me l'avait dit Dinah, elle avait sous ses ordres vingt servantes, toutes portant le même costume: une robe de coton à ramages, un tablier blanc, un col, des manchettes et sur la tête un élégant bonnet. Les filles affectées aux cuisines étaient des noires ou des mulâtresses, mais toutes les femmes de chambre étaient quarteronnes ou mistis; elles pouvaient avoir de dix-huit à vingt-cinq ans; toutes étaient fort jolies et deux mistis surtout étaient réellement belles. Plusieurs enfants couraient dans les appartements, mais je n'aperçus pas un seul homme.
J'allai ensuite me promener seule dans les jardins qui étaient entièrement entourés de grilles de fer; la seule entrée était la grande avenue par laquelle j'étais arrivée, la veille avec Randolph. J'errai à l'aventure pendant longtemps, mais je remarquai toutefois que les nègres employés au jardinage ne me quittaient pas des yeux, et surveillaient mes moindres mouvements. Je voulus m'assurer que j'étais vraiment prisonnière et je m'avançai vers la grille que j'essayai d'ouvrir. Deux noirs s'approchèrent immédiatement et l'un d'eux me dit:
—Ou pas poué allé. Nous qu'a gagné ordre de Massa pas laissé ou sorti.
Je retournai tristement dans ma chambre que j'examinai soigneusement pour la première fois. Elle était ravissante, tendue de rose et de blanc. De larges fenêtres ouvraient sur un jardin. L'ameublement très soigné et intime, ressemblait quelque peu à celui d'un boudoir. De très larges fauteuils et une table carrée la garnissaient principalement.