XVII
NUIT D'ÉPREUVE

Randolph avait fermé la porte, et, se tournant vers moi, me dit:

—Voyez-vous, belle Dolly, je suis très heureux que vous soyez revenue à de bons sentiments. J'eusse été très fâché d'employer la violence à votre égard.

Me faisant tenir debout devant la glace, il défit vivement les boutons de mon corsage et les cordons de ma jupe, puis en un clin d'œil, fit sauter mon corset. Il défit ensuite mes jupons et mes pantalons et m'enleva mes bas. Je me trouvais donc complètement déshabillée devant lui, n'ayant que ma chemise sur le corps, et, je l'avoue, malgré ce dernier vêtement, je me sentais rougir de honte. Quelle angoissante position pour une femme qui était encore une jeune fille! et je savais bien que les femmes, dans tous les temps et dans tous les pays du monde, qui ont passé par ces épreuves n'en étaient pas mortes.

Puis, soudain, comme si le dernier voile qui me restait et me couvrait mal, l'eût impatienté, il me l'enleva et je me trouvai complètement nue devant cet homme. Je fermai les yeux, mais les larmes perlèrent sous mes paupières et coulèrent lentement sur mes joues. Cependant Randolph ne cessait de parler.

—Comme vous êtes belle et bien faite, murmurait-il. Combien vos formes sont élégantes et pures!

Une autre femme eût peut-être été heureuse de ces compliments, mais j'étais trop honteuse et ne prêtais que peu d'attention à ces paroles; je désirais ardemment la fin de ce supplice.

Enfin, Randolph m'avait étendue sur le lit. Me serrant dans ses bras, il m'étouffait de baisers…

Je ne me soucie pas de savoir comment les autres femmes se sont tirées d'affaire en cette pareille circonstance. Pour moi, je la trouvai si bestiale et douloureuse que, dans ma naïveté, je me crus victime d'un abominable attentat. Je ne ressentis pas la plus fugitive sensation voluptueuse. Rien que de la douleur.

Toutes les femmes ont passé par là; je le sais et aucune pourtant ne s'en est plainte: la preuve en est qu'elles y retournent.