Le coudrier continuait à strier ses chairs, lui arrachant de longs cris. Sa peau était très fine pour une femme de couleur; elle devait sentir cruellement la douleur.
Randolph s'arrêta enfin. La coupable fut remise sur pieds, sanglotant.
—Là, Rosa, lui dit son maître. Vous n'avez pas à vous plaindre; je n'ai pas été sévère aujourd'hui, mais faites attention à vos paroles, car si j'apprends de vous la moindre impertinence, vous ne vous en tirerez pas aussi légèrement.
Rosa, toujours pleurant, quitta la chambre avec les deux femmes.
Nous restâmes tous deux seuls.
—Je crois, me dit Randolph, que maintenant vous n'aurez plus à vous plaindre d'elle, mais si elle recommençait faites-le-moi savoir.
—Oh! Georges, répondis-je, comment avez-vous pu fouetter ainsi cette malheureuse, surtout après avoir eu des relations avec elle; elle est jolie, et c'est mal à vous.
Il se mit à rire.
—Oui, vous avez raison, je l'ai eue souvent et je l'aurai encore si l'envie m'en prend, mais je ne l'en fouetterai pas moins si elle se conduit mal et si elle en a besoin. Ce n'est qu'une négresse, malgré sa peau claire, et vous, incorruptible abolitioniste, ne savez ni ne voulez comprendre le peu de cas que nous faisons de nos esclaves. Leur corps nous appartient, et nous sommes libres d'en faire ce que bon nous semble. Pour mon compte, je fais plus de cas de mes chevaux et de mes chiens que de mes nègres.
Je croyais connaître Randolph, mais cette dernière remarque m'indigna. Je m'abstins pourtant de toute observation.