Lorsque je montai m'habiller pour dîner, je trouvai Rosa dans ma chambre; elle paraissait très humble et très soumise. J'eus pitié d'elle, car je savais combien les coups de badine étaient douloureux.

—Je regrette que vous ayez été battue, Rosa, lui dis-je; le fouet vous a-t-il fait très mal?

—Oh, que oui, maîtresse, l'a qu'a fessée, qu'a fait gand mal a mo. Li maît jamais qu'a baillé me fessade si fot, Dinah qu'a mo bandé tant coum gaisse à possuc. Ma ça qu'a faire toujours gand mal.

Elle m'aida à m'habiller, et depuis ce jour, je n'eus plus jamais lieu de me plaindre d'elle.

XX
HEURES DE DÉSŒUVREMENT

Trois nouveaux mois passèrent; je vis bien des choses curieuses, mais je ne veux pas allonger mon récit, ou plutôt ma confession.

Randolph donnait toujours à ses amis des dîners ou parties amusantes et parfois fort libres. N'eut-il pas l'idée, un jour qu'il avait dix convives, de vouloir les faire servir par dix esclaves nues! Cette fantaisie m'épouvanta.

—Oh! Georges, m'écriai-je, vous ne ferez pas une chose pareille? Ce serait trop honteux.

—Mais si, certainement, répondit-il en riant; comment, Dolly, vous rougissez; je croyais pourtant bien que vous étiez guérie de votre timidité.