Je m'habillai pour dîner et, en entrant dans la salle à manger, j'y trouvai Randolph déjà installé.

Il avait manqué son rendez-vous. Je m'attendais donc à le trouver de fort méchante humeur, mais, à ma grande surprise, il se montra fort doux et aimant, la nuit qui suivit surtout.

Quel étrange caractère que celui de cet homme?…

XXIII
NORD CONTRE SUD

Je vais franchir une période de quatre mois. Pendant ce temps, les événements s'étaient aggravés: les États esclavagistes, séparés du Nord, avaient élu un Président du Sud, Jeff Davis, et s'étaient brusquement emparés du fort Sum; la guerre enfin était commencée.

Malgré le mauvais état des affaires, le travail continuait à la plantation, mais tout y allait assez mal. Les noirs, informés de ce qui se passait à l'extérieur, donnaient fréquemment des signes d'insubordination; Randolph et ses surveillants se promenaient continuellement, armés de revolvers. Les punitions étaient encore plus nombreuses et plus terribles que par le passé et grâce à ce surcroît de sévérité, la discipline était quand même maintenue.

Dans la maison, à de rares exceptions près, les femmes devenaient difficiles à conduire, mais de ce côté non plus, Randolph ne supportait pas la moindre faute. Aussi Dinah, aidée d'une esclave nommée Milly, devait-elle constamment infliger de terribles fustigations. Le sang coulait parfois.

Puis, subitement, les affaires subirent un arrêt. Les greniers et magasins pleins de coton ne se vidaient plus. Comme les revenus de Randolph consistaient surtout dans la vente du coton, il se trouva brusquement avec peu d'argent liquide, et malgré sa douloureuse détresse, il espérait fermement que le Sud sortirait victorieux de la lutte.

Quant à moi, est-il besoin de le répéter, toutes mes sympathies allaient aux Nordistes. Je me gardais bien, naturellement, de faire part de mes espérances à Georges, qui, très violent, m'eût peut-être tuée en apprenant ce qui se passait en mon âme.