Le lendemain, je fis mes adieux à mes parents et repris le train de Lyon. Calixte rentrait également ce jour-là, par le même train. Nous nous retrouvâmes à la gare et, après une brève allusion à notre séparation de la veille, la cohue de la sortie, seule, en étant cause, nous montâmes en wagon.

Taciturne, le front plissé, Calixte se renversa aussitôt dans l’un des coins du compartiment comme pour dormir. « Êtes-vous souffrant ? lui demandai-je. — Moi ? Non. — Avez-vous des journaux ? — Oublié d’en acheter. — Voulez-vous les miens ? » Un geste vague. Je lui mis entre les mains la Vie parisienne dont il tourna le premier feuillet avec un sourire pâle. Puis il laissa retomber le journal sur ses genoux, se renversa de nouveau et demeura, je ne sais combien de temps, immobile, les yeux ouverts, les sourcils froncés, la physionomie ténébreuse. Enfin il se leva et gagna le couloir après avoir glissé en poche, d’un geste fébrile, le journal galant. Nous avions dépassé Dijon. Durant près d’une heure, je l’entendis se promener dans le silence du wagon assoupi. Je sortis à mon tour, inquiet de le sentir en proie à une pareille agitation.

— Calixte, lui dis-je en lui mettant la main sur l’épaule, vous me semblez soucieux. Je suis votre ami. Confiez-vous à moi.

— Ah ! Philippe, me déclara-t-il aussitôt d’une voix lugubrement amère, le fond de l’homme n’est que cochonnerie.

Jamais je n’avais vu un être aussi dégoûté de lui-même, aussi pénétré de repentir et suant à ce point le remords. Je tentai de le réconforter.

— Bah ! lui dis-je en plaisantant, chacun porte en soi un cochon qui sommeille. C’est une vérité d’avant-hier. Soyez certain, mon vieux camarade, que le vôtre est encore un des plus sages et des moins éveillés que je connaisse.

— Vous me faites du bien, me répondit Calixte. Ah ! Paris ! Paris !…

— Ne songez plus qu’à Lyon, répliquai-je, à Lyon où vous allez retrouver votre considération, Mme Paterin, une gentille petite famille et Mme Greillon-Delamotte, et M. Vernon et une charmante belle-sœur…

— L’exquise jeune fille ! soupira Calixte, et si adorablement jolie ! Je vous présenterai à elle, Philippe…

— Ah ! oui, m’écriai-je d’une voix qui s’étrangla.