Que me dit-elle encore ? Je l’écoutais, je la contemplais. Un rayon de soleil couchant avait piqué une étoile étincelante à la fine pointe de son soulier verni. Je l’aimais trop : je perdis la tête. J’étais en train de lui énumérer les diverses œuvres auxquelles j’avais cru devoir m’intéresser en souvenir de Mme Greillon-Delamotte. Elle m’écoutait à son tour, ravie et toute palpitante, quand, à la septième œuvre, elle m’arrêta net, en s’écriant :

— Mais c’est une œuvre de dames ! Comment a-t-on pu vous inscrire ?

Et je répondis avec une humble démence :

— J’aurai donc payé d’avance la cotisation de ma femme.

Voilà où j’en étais… J’éprouvai d’ailleurs instantanément la sensation vertigineuse de tomber dans un puits. « Ce mot parisien m’a perdu, me disais-je. Ce n’est point ainsi qu’à Lyon on déclare son amour. Tout est fini. Je n’ai plus qu’à choisir entre le Rhône et la Saône… »

Combien de secondes, de minutes s’écoulèrent-elles ? J’avais courbé la tête et ne voyais plus qu’une petite étoile blanche qui s’éteignait insensiblement à la pointe d’un petit soulier. Puis une main se posa sur mon bras, et je tressaillis en me redressant :

— Pardonnez-moi ! balbutiai-je, éperdu. Cette visite… votre présence… Ah ! je suis fou !

Et, comme le visage de ma bien-aimée ne respirait que tendresse inépuisable, finesse ravissante, émoi exquis, je devinai, je compris qu’elle avait, de ma folie, la plus brûlante et la plus douce compassion.

— Marie-Antoinette ! appelai-je tout bas comme on prie.

— Philippe, parlez-moi encore de votre femme.