Jeune premier(grands rôles): M. Arthur, âgé de 5 ans.
Jeune premièreid. Mlle Adelina, âgée de 4 ans ½.
Grandes coquettes Mlle Victorine, âgée de 7 ans.
Pères nobles Le petit Victor, âgé de 6 ans.

Ces artistes en bourrelet, ces comédiens en brassière, faisaient courir tout Paris.

Comte aurait pu quitter tout à fait la scène, se contenter de son rôle de directeur et de père nourricier des enfants de Thalie, et arrondir tranquillement sa fortune déjà fort convenable. Mais Comte tenait à se montrer au moins une fois par semaine, et il avait pour cela un double motif: c’est que ses séances, devenues rares, exercaient toujours une heureuse influence sur la recette, et que d’un autre côté, en continuant de jouer, il écartait les physiciens ses concurrents, qui auraient pu avoir l’idée de venir le remplacer, dans le cas où il se serait retiré de l’arène.

Les expériences de Comte étaient presque toutes puisées dans un répertoire que je connaissais parfaitement: c’était celui de Torrini et de tous les escamoteurs de l’époque. Elles ne pouvaient donc avoir pour moi un véritable intérêt. Toutefois, j’en retirais encore quelques profits, car n’ayant pas à me préoccuper des expériences, j’étudiais autant le spectateur que le physicien lui-même.

J’écoutais avec attention ce qui se disait autour de moi, et souvent j’entendais de très judicieuses observations. Comme elles étaient faites pour la plupart par des gens qui ne semblaient pourtant pas doués d’un grand esprit de pénétration, cela me donna à penser qu’un prestidigitateur doit surtout se méfier du vulgaire, et en y réfléchissant, j’arrivai à me faire cette opinion: c’est qu’il est plus difficile de faire illusion à un ignorant qu’à un homme d’esprit.

Ceci à l’air d’un paradoxe; je vais l’expliquer.

L’homme vulgaire ne voit généralement dans les tours d’escamotage qu’un défi porté à son intelligence, et, pour lui, les séances de prestidigitation deviennent un combat dont il veut à tout prix sortir vainqueur.

Toujours en garde contre les paroles dorées à l’aide desquelles l’illusion s’opère, il n’écoute rien et se renferme dans cet inflexible raisonnement:

—L’escamoteur, dit-il, tient dans sa main un objet qu’il prétend faire disparaître. Hé bien! quelque chose qu’il dise pour distraire mon imagination, mes yeux ne quitteront pas ses mains, et le tour ne pourra se faire sans que je sache comment il s’y est pris.

Il s’ensuit que l’escamoteur, dont les artifices s’adressent particulièrement à l’esprit, doit redoubler d’adresse pour dépister cette résistance obstinée.