—Je préfère que cela se termine ainsi, me dit Comte en réintégrant sa poche dans sa redingote, pour y remettre ensuite les objets que je lui présentais; nous sommes quittes, et j’espère que nous resterons toujours bons amis.
De tout ce qui précède, on peut conclure que la base fondamentale des séances de Comte était les mystifications aux Messieurs (les souverains exceptés), les compliments aux Dames et les calembours à tout le monde.
Comte avait raison d’employer ces moyens, puisque généralement il atteignait le but qu’il s’était proposé: il charmait avec les uns et faisait rire avec les autres. A cette époque, cette tournure de l’esprit était dans les mœurs françaises, et notre physicien, en s’inspirant des goûts et des instincts du public, était sûr de lui plaire.
Mais tout est bien changé depuis. Le calembour n’a plus la même faveur. Banni de la bonne compagnie, il s’est réfugié dans les ateliers d’artistes, où les élèves en font trop souvent un usage immodéré, et si quelquefois il est admis avec faveur dans une conversation intime, il ne saurait convenir dans une séance de prestidigitation.
La raison est facile à comprendre. Non seulement le calembour fait croire que le prestidigitateur a des prétentions à l’esprit, ce qui peut lui être défavorable; mais encore, lorsqu’il réussit, il provoque un rire qui nuit nécessairement à l’intérêt de ses expériences.
Il est un fait reconnu; c’est que pour ces sortes de spectacles, où l’imagination a la principale part:
«Mieux vaut l’étonnement cent fois que le fou rire.»
Car si l’esprit se souvient de ce qui l’a charmé, le rire ne laisse aucune trace dans la mémoire.
Le langage symbolique, complimenteur et parfumé, est aussi complètement tombé en désuétude; du moins le siècle ne pèche point par excès de galanterie, et des compliments musqués seraient aujourd’hui mal accueillis en public, plus encore que partout ailleurs. Du reste, j’ai toujours pensé que les dames qui assistent à une séance de prestidigitation, y viennent pour se récréer l’esprit et non pour être elles-mêmes mises en scène. On doit croire qu’elles préfèrent rester simples spectatrices plutôt que de se voir exposées à recevoir des compliments à brûle-pourpoint.
Quant à la mystification, je laisse à de plus forts que moi le soin d’en faire l’apologie.