Vous vous attendez sans doute à quelque aventure romanesque. Rien de plus simple pourtant que l’événement qui couronna nos amours: ce fut le mariage.

Madame Torrini, que vous verrez tout à l’heure, est la fille d’un ancien passementier. Veuf, et sans autre enfant, le père n’avait de volonté que celle de sa fille; il accueillit favorablement ma demande.

C’était bien le meilleur des hommes. Malheureusement nous l’avons perdu, il y a deux ans. Grâce à la fortune qu’il nous a laissée, j’ai quitté le professorat, et maintenant je vis heureux et tranquille dans une position qui réalise pour moi mes rêves les plus brillants d’une autre époque. Voilà, dit en terminant mon ami philosophe, ce qui prouve une fois de plus que, quelle que soit la position précaire où il se trouve, l’homme ne doit jamais désespérer d’un avenir meilleur.

Mon récit ne devait pas être aussi long que celui d’Antonio; sauf mon mariage, aucun événement ne valait la peine de lui être raconté. Je lui parlai cependant de ma longue maladie et du travail qui l’avait causée. J’avais à peine cessé de parler, que madame Torrini rentra.

La femme de mon ami était charmante et surtout fort gracieuse.

—Monsieur, me dit-elle, après que je lui eus été présenté par son mari, je vous connaissais déjà depuis longtemps. Antonio m’a conté votre histoire, qui m’a inspiré le plus grand intérêt, et nous avons souvent regretté, mon mari et moi, de ne point avoir de vos nouvelles. Mais, monsieur Robert, ajouta-t-elle, puisque nous vous retrouvons, considérez-vous ici comme un ancien ami de la maison, et venez nous voir souvent.

Je mis à profit cette aimable invitation, et plus d’une fois j’allai puiser près de ces bons amis des consolations et des encouragements.

Antonio s’occupait toujours un peu d’escamotage. Ce n’était pour lui, il est vrai, qu’une simple distraction, un moyen d’amuser ses amis. Néanmoins, il n’y avait pas d’escamoteur dont il ne suivît avec empressement les représentations, qui lui rappelaient un autre temps.

Un matin, je le vis entrer dans mon atelier d’un air empressé.

—Tenez, me dit-il, en me représentant un journal, vous qui recherchez les escamoteurs célèbres, en voilà un qui va vous donner du fil à retordre; lisez.