Je pris la feuille avec empressement et lus la réclame suivante:

«Le fameux Bosco, qui escamote une maison comme une muscade, va donner incessamment à Paris une série de représentations, dans lesquelles seront exécutées des expériences qui tiennent du miracle.»

—Eh bien! que dites-vous de cela? me demanda Antonio.

—Je dis qu’il faut posséder un bien grand talent pour soutenir la responsabilité de semblables éloges. Après tout, je pense que le journaliste a voulu s’amuser aux dépens de ses lecteurs, et que le fameux Bosco n’existe que dans ses colonnes.

—Détrompez-vous, mon cher Robert. Cet escamoteur n’est point un être imaginaire. Non-seulement j’ai lu cette réclame dans plusieurs journaux, mais ce qui est plus sérieux, c’est que j’ai vu moi-même Bosco donnant hier soir, dans un café, un échantillon de son savoir-faire, et annonçant sa première séance pour mardi prochain.

—S’il en est ainsi, dis-je à mon ami, je vous invite à passer la soirée chez M. Bosco, et si cela vous convient, je vous prendrai chez vous pour vous y conduire.

—Accepté! me dit Antonio. Soyez chez moi mardi soir, à sept heures et demie. La séance commence à huit heures.

Au jour et à l’heure convenus, nous arrivons, Antonio et moi, à la porte de la salle Chantereine, où devait avoir lieu la représentation annoncée. Au contrôle, nous nous trouvons en face d’un gros monsieur, vêtu d’une redingote ornée de brandebourgs et garnie de fourrures qui lui donnent tout-à-fait l’air d’un prince russe en voyage. Antonio me pousse du coude, et se penchant vers moi: C’est lui, me dit-il tout bas.

—Qui, lui?

—Eh! mais, Bosco.